To the Bone : Netflix – Critique

To the Bone, réalisé par Marti Noxon

Avec Lily Collins, Keanu Reeves, Carrie Preston, Alex Sharp.

Synopsis :

Ellen a 20 ans et est anorexique. Elle a passé la plus grande partie de sa vie à suivre différents programmes afin de se soigner. Déterminée à l’aider, sa famille l’envoie dans un centre spécialisé dirigé par un médecin non conventionnel. Surprise par les règles du centre et charmée par son nouvel entourage Ellen va tenter de se reconstruire et s’accepter.

To the Bone – Critique

Il est le premier long métrage de la réalisatrice américaine Marti Noxon, notamment connue pour avoir été productrice de la série Buffy contre les vampires. To the Bone est sorti le 14 Juillet 2017 sur Netflix. Pour son premier film, la réalisatrice traite le sujet aussi sensible qu’important des troubles alimentaires et en particulier de l’anorexie. Un sujet qui ne manque jamais de provoquer toutes sortes de réactions, étant donné que les troubles de l’alimentation constituent un véritable problème dans nos sociétés, qui nous poussent à consommer toujours plus de nourriture d’un côté, et d’un autre nous dictent la minceur en nous vendant toutes sortes de produits minceurs et de modèles à suivre. Pour exemple, cet engouement pour les « Post Bad » sur Instagram prises comme modèles par toutes les jeunes filles, mais qui ne sont en réalité que des illusions numériques. D’ailleurs, To the Bone nous montre bien que les causes qui pourraient expliquer cette maladie peuvent êtres multiples et complètement éloignées d’un idéal minceur.

To the Bone a bien sûr suscité de nombreuses réactions, et plus particulier une qui fait beaucoup parler. En effet, l’actrice principale a été pointée du doigt pour sa perte de poids, jugée dangereuse. Lily Collins, qui a par ailleurs confié aux médias avoir souffert de troubles alimentaires par le passé, explique que personne ne lui a demandé de perdre du poids pour le film. Il s’agit en réalité d’une décision purement personnelle pour se mettre plus facilement dans la peau de son personnage. De plus, Lily Collins a été accompagnée par une diététicienne pour cette perte de poids. Peut-on  réellement lui reprocher un tel choix ? Restons-en au fait que l’actrice est une adulte, et qu’elle peut donc faire ses propres choix de jeu pour sa carrière.

Le film raconte donc l’histoire d’Ellen, une jeune fille anorexique, qui après avoir suivi différents programmes de soin en vain, est envoyée par sa famille dans un centre spécialisé. Le centre est dirigé par un médecin atypique, interprété par l’acteur Keanu Reeves, qui préfère ne pas se concentrer sur la nourriture et les problèmes familiaux, contrairement aux médecins habituels.

Dès les premières images le ton du film est donné lorsqu’on fait la connaissance d’Ellen, qui nous plonge immédiatement dans un univers où elle tente de trouver sa place, malgré l’omniprésence de son pessimisme. Lily Collins nous offre là une prestation très juste et mesurée de cette jeune fille en perte. Ellen, talentueuse artiste, essaie de se soigner, ou pas vraiment, puisqu’elle affirme à sa demi-sœur que tout est « sous contrôle », et ça elle le pense vraiment.

Indéniablement, il y a quelque chose que l’on ne peut contester en regardant ce film, c’est son réalisme, car on peut tout dire sur ce film mais certainement pas qu’il manque de réalisme. Une dose de réalisme nécessaire et suffisante. Il est présent dans le choix des personnages, tous venus d’horizons éloignés et aux personnalités bien singulières. Aussi, dans la manière de nous présenter toutes ces « astuces » qu’ont les patients pour garder le contrôle sur leur poids. Des astuces découlant forcément d’une obsession viscérale du contrôle qui semble n’avoir aucune limite. Quant à la gravité de la maladie, elle est perceptible en contraste avec l’esthétique très sobre et brute du film. Notamment par les plans rapprochés sur le corps maigre d’Ellen. Mais aussi, lorsque sont évoquées les conséquences de la maladie qui ne se limitent pas seulement à une perte de poids, ou à une extrême maigreur. Certaines images pourraient éventuellement heurter les plus sensibles. Néanmoins, l’approche du film reste très soft comparé à des films comme Requiem for a Dream ou Basketball Diaries, tous deux ayant pour sujet les addictions à la drogue. Des films dont le réalisme nous a beaucoup plus impressionné.

To the Bone a également sa dose de poésie et de romantisme, particulièrement due à ses images aux couleurs très chaudes. Les méthodes atypiques et quasi paternelles du docteur y sont aussi pour quelque chose. Mais encore, cette jolie naissance d’histoire d’amour entre Ellen et un autre patient, Luke, un personnage intéressant au tempérament baroque. A ce propos, on reste sur notre faim…

En revanche, on pourrait regretter que la réalisatrice ait choisi de ne pas nous présenter davantage le personnage principal. En effet, on comprend tout au long du film que plusieurs raisons pourraient avoir une influence sur son état, comme sa relation avec son père et le suicide d’une jeune fille, mais ces faits-là sont très peu expliqués, voire à peine évoqués.

Avec ce film, Marti Noxon a réussi à mettre en images l’incompréhension générale face à cette pathologie, incomprise des personnes extérieures, mais aussi et souvent, des malades eux-mêmes. On en retient une histoire de contrôle insatiable, mais on se souvient qu’il s’agit d’un film qui raconte une histoire et non pas un documentaire sur la maladie. La réalisatrice a définitivement réussi à nous faire imprimer dans la tête que l’anorexie est surtout mentale et incontrôlée, plus forte que ce que l’on s’imagine. Effectivement, vous avez sûrement déjà entendu ou lu : « mais pourquoi il/elle mange pas ? », « c’est facile de manger, suffit de manger », « c’est il/elle qui décide, c’est un choix ». Et bien c’est exactement ce genre de remarques récurrentes que le film fait taire.  Alors rien que pour ça, il faut voir ce film et le faire voir à vos proches, et à n’importe qui qui ferait ce genre de remarques.

 

Film approuvé par Floraesa.

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